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Culture & Traditions du Tibet

Losar : comment est célébré le Nouvel An Tibétain

Quinze jours de fête, trois qui comptent vraiment, et des semaines de préparatifs : déroulé complet du Losar, de la soupe guthuk aux drapeaux hissés sur les toits.

Par Quentin Publié le 1 août 2026 8 min de lecture
Losar : comment est célébré le Nouvel An Tibétain
Article documenté à partir des sources bouddhistes

Chez Tashi Delek, pour écrire nos articles, nous nous appuyons sur les textes canoniques et sur les commentaires reconnus des traditions théravada et tibétaine. En ce qui concerne nos guides sur les produits tibétains et sur l’artisanat, nous puisons nos sources et le savoir que nous partageons dans nos nombreux voyages au Tibet, à la rencontre des artisans locaux tibétains.

Chaque hiver, entre février et mars, les familles tibétaines vident leur maison de fond en comble, préparent une soupe contenant des objets impossibles à avaler, et hissent des drapeaux neufs sur les toits.

Le Losar ne se résume pas à un réveillon déplacé dans le calendrier. C’est une séquence de plusieurs semaines, avec sa logique propre : on solde l’année écoulée avant d’en ouvrir une autre. Voici comment elle se déroule.

Losar : ce que dit le mot, et quand tombe la fête

Lo signifie année, sar nouveau. Losar (lo gsar) est la fête la plus importante du calendrier tibétain, et de loin la plus attendue.

Sa date suit le calendrier luni-solaire tibétain, qui n’est pas le calendrier chinois. Les deux se ressemblent et coïncident souvent, mais pas toujours : certaines années, un mois décalé les sépare d’une lunaison entière. Le Losar tombe entre fin janvier et début mars.

Chaque année reçoit un animal parmi douze et un élément parmi cinq — bois, feu, terre, fer, eau — ce qui donne un cycle complet de soixante ans. Les Tibétains comptent d’ailleurs les années depuis 127 avant notre ère, date attribuée au premier roi Nyatri Tsenpo.

Une précision géographique : toutes les régions ne célèbrent pas au même moment. Le Kongpo, au sud-est, fête son nouvel an dès l’automne, héritage d’un ancien calendrier agricole. Ses habitants participent ensuite au Losar commun.

Les origines prébouddhiques du Losar

La fête est antérieure à l’arrivée du bouddhisme au Tibet. Elle vient de la tradition bön, où elle prenait la forme d’un rituel d’hiver destiné à apaiser les esprits locaux et à sécuriser la saison à venir. On y brûlait déjà des offrandes de genévrier, un rite appelé sang.

À partir du septième siècle, le bouddhisme ne remplace pas ces usages : il les absorbe. C’est pourquoi le Losar contemporain superpose deux couches sans les opposer — des gestes chamaniques et agricoles d’un côté, des cérémonies monastiques de l’autre. La fumée de genévrier monte toujours des toits le matin du nouvel an.

Les préparatifs, avant que le Losar ne commence

Les semaines qui précèdent comptent autant que la fête. Le principe est simple : rien d’inachevé ne doit passer d’une année à l’autre.

On nettoie la maison entièrement, y compris les recoins jamais atteints le reste de l’année. On époussette l’autel, on remplace les offrandes. On solde ses dettes et, si possible, ses brouilles. Les vêtements neufs sont sortis pour le jour venu.

La cuisine occupe une place centrale. On prépare les khapsey, ces biscuits frits en formes torsadées qui s’empilent en pyramides sur les tables, et le derkha ou chemar : une boîte à deux compartiments, orge grillée d’un côté, farine de tsampa mêlée de beurre de l’autre, surmontée d’épis peints. Chaque visiteur en prendra une pincée qu’il lancera vers le ciel.

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Guthuk : la soirée la plus étonnante du Losar

La veille du dernier jour de l’année, le vingt-neuvième du douzième mois, les familles partagent le guthuk — littéralement « soupe du neuvième », une soupe de nouilles à neuf ingrédients.

Certaines boulettes contiennent un objet caché, glissé là volontairement. On ne l’avale pas : on le sort, on le montre, et l’assemblée rit. Chacun décrit avec humour un trait de caractère de celui qui l’a trouvé.

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Objet trouvéCe qu’il dit de vous
Laine blancheUn cœur bon et généreux
CharbonUn cœur noir — la plaisanterie la plus attendue de la soirée
PimentUne langue acerée
SelDe la paresse
PapierUne nature légère, changeante
Petite lune ou soleil en pâteUn bon présage pour l’année

Le repas terminé, on rassemble les restes dans un récipient avec une figurine de pâte, et on sort les jeter au loin en criant de chasser ce qui doit partir. Dans certaines régions, on brandit des torches. Ce rite de dissolution des négativités ferme l’année.

Les trois jours du nouvel an tibétain

La fête dure officiellement quinze jours, mais les trois premiers concentrent l’essentiel.

  • Premier jour, Lama Losar. Il est familial et religieux. On se lève avant l’aube, on va puiser l’eau de la première heure, on fait des offrandes à l’autel domestique. On boit le changkol, une bière d’orge chaude. On ne rend généralement pas visite à l’extérieur ce jour-là. Dans les monastères, les dignitaires présentent leurs vœux.
  • Deuxième jour, Gyalpo Losar. Le « Losar du roi ». C’est le jour des visites : on se rend chez les proches, on échange des khatas, ces écharpes de cérémonie blanches, et l’on se souhaite Tashi Delek.
  • Troisième jour, Choekyong Losar. Le jour des protecteurs. On monte sur les toits et sur les cols pour remplacer les drapeaux de prière par des neufs, on brûle du genévrier, on lance en l’air des papiers imprimés de lungta.

Les jours suivants font place aux danses masquées cham dans les monastères, au théâtre tibétain lhamo, aux courses de chevaux et au tir à l’arc dans les régions nomades.

Conseils pratiques

Marquer le Losar depuis la France, sans folklore

  1. Vérifiez la date, elle bouge chaque année. Ne vous fiez pas au nouvel an chinois : les deux calendriers divergent certaines années d’un mois entier.
  2. Faites le ménage en premier. C’est le geste le plus universel de la fête, et le plus facile à reprendre tel quel. Videz, donnez, réparez ce qui traîne.
  3. Soldez ce qui reste en suspens. Une dette, un message jamais envoyé, une brouille : c’est le cœur de la tradition, bien plus que la décoration.
  4. Remplacez vos drapeaux de prière s’ils sont usés. Le troisième jour est celui qu’on y consacre au Tibet.
  5. Renseignez-vous sur les célébrations près de chez vous. Plusieurs centres bouddhistes tibétains en France organisent un Losar ouvert au public.

Un point de vigilance : pour une partie de la diaspora, le Losar est aussi un moment politique et douloureux. Certaines années de deuil, les communautés en exil ont choisi de ne pas fêter. Se renseigner avant de souhaiter bruyamment une bonne année n’est jamais superflu.

À retenir

  • Losar signifie « nouvelle année » ; la date suit le calendrier luni-solaire tibétain, distinct du calendrier chinois.
  • La fête vient de la tradition bön, antérieure au bouddhisme, qui l’a ensuite absorbée.
  • Les préparatifs comptent autant que la fête : ménage complet, dettes soldées, brouilles apaisées.
  • Le guthuk et ses objets cachés ferment l’année sur un éclat de rire.
  • Trois jours structurants : familial, visites et khatas, puis remplacement des drapeaux de prière.

FAQ : le Losar

Losar et nouvel an chinois, est-ce la même fête ?

Non. Les deux suivent un calendrier luni-solaire et tombent souvent à quelques jours d’intervalle, mais les calculs diffèrent : certaines années, un mois entier les sépare. Les rituels, la cuisine et les symboles n’ont rien de commun.

Combien de temps dure la fête ?

Officiellement quinze jours, mais la vie ordinaire reprend généralement après les trois premiers, qui concentrent les rituels essentiels.

Que signifie l’écharpe blanche qu’on s’offre ?

C’est un khata, une écharpe de cérémonie en soie ou en coton. On l’offre en signe de respect et de bons vœux, à deux mains, légèrement incliné. Le blanc y signifie la pureté de l’intention.

Que dit-on pour souhaiter une bonne année ?

On dit Losar Tashi Delek, ce qui revient à souhaiter que tout soit favorable pour l’année qui s’ouvre. La formule Tashi Delek seule s’emploie toute l’année.

Peut-on assister au Losar en France ?

Oui. Les centres bouddhistes tibétains et les associations de la diaspora organisent des célébrations, souvent ouvertes à tous. Le programme est publié quelques semaines avant.

Pourquoi remplace-t-on les drapeaux de prière à cette période ?

Parce que les anciens ont fait leur travail : délavés et effilochés, ils sont le signe que les prières ont été emportées. Le troisième jour du Losar leur est traditionnellement consacré — nous détaillons le geste dans notre guide sur comment accrocher des drapeaux de prière chez soi.

Pour aller plus loin sur le Losar

Ce qui frappe, en regardant le Losar de près, c’est le soin apporté à la fermeture de l’année. Le nouveau commence une fois que l’ancien a été réglé, pas avant.

Pour comprendre les drapeaux hissés au troisième jour, lisez la symbolique des cinq couleurs des lungta. Pour l’arrière-plan spirituel de ces rites, voyez les grands symboles du bouddhisme.

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