Chez Tashi Delek, pour écrire nos articles, nous nous appuyons sur les textes canoniques et sur les commentaires reconnus des traditions théravada et tibétaine. En ce qui concerne nos guides sur les produits tibétains et sur l’artisanat, nous puisons nos sources et le savoir que nous partageons dans nos nombreux voyages au Tibet, à la rencontre des artisans locaux tibétains.
Un trait horizontal, un trait vertical, une spirale qui s’enroule autour : Cho Ku Rei est le symbole le plus connu du reiki. On le présente souvent comme un ancien signe tibétain d’énergie. C’est l’une des rares choses que l’on puisse affirmer avec certitude à son sujet : il n’est pas tibétain.
Ce guide explique ce que représente ce symbole, d’où il vient vraiment, pourquoi ses traductions divergent, et ce que l’on sait de ses effets. Nous ne pratiquons pas le reiki, et c’est précisément ce qui nous permet d’en parler sans rien vendre.
En résumé
- Cho Ku Rei est le « symbole de puissance » du reiki, enseigné au deuxième degré. Les praticiens l’utilisent pour « amplifier » ou « sceller » un soin.
- Le reiki est japonais : il a été mis au point par Mikao Usui à partir de 1922. Il n’a aucune origine tibétaine.
- La traduction courante, « placer la puissance ici », est une interprétation : le sens exact du nom reste discuté, et le dessin varie d’une lignée à l’autre.
- Le « reiki tibétain » est une création américaine des années 1980-1990.
- Les revues scientifiques n’ont pas montré d’effet du reiki au-delà de la détente et de l’effet placebo. Il ne remplace jamais un traitement.
Cho Ku Rei, le symbole de puissance du reiki
Le reiki se transmet en plusieurs degrés. Au premier, l’élève apprend à poser les mains. Au deuxième degré, appelé okuden au Japon, il reçoit trois symboles, dont Cho Ku Rei est le premier.
Le dessin associe trois éléments : un trait horizontal en haut, un trait vertical qui descend, et une spirale qui s’enroule autour de ce dernier en le croisant plusieurs fois. Les praticiens le surnomment le « symbole de puissance » ou « l’interrupteur ».
Dans la logique du reiki, Cho Ku Rei sert à concentrer l’énergie en un point, à l’intensifier ou à « sceller » un soin à la fin d’une séance. On le trace dans l’air, sur la paume de la main ou mentalement, en prononçant généralement son nom trois fois.
Que signifie Cho Ku Rei ?
La traduction la plus répandue est « placer toute la puissance ici » ou « que la puissance soit ici ». Elle décrit l’usage du symbole plus qu’elle ne traduit des mots japonais précis.
Car le nom pose une difficulté. Les trois syllabes cho-ku-rei peuvent correspondre à plusieurs combinaisons de caractères japonais, et les manuels ne s’accordent pas. Plusieurs auteurs le rapprochent de 直霊, « esprit direct », un terme présent dans la pensée shintô. D’autres proposent « ordre impérial » ou « décret de l’esprit ». Aucune de ces lectures n’est établie.
Il faut aussi distinguer le nom et le dessin. Le dessin n’est pas l’écriture du nom : ce n’est pas un caractère japonais, mais un signe graphique propre au reiki. Le nom fonctionne plutôt comme une formule à prononcer, un jumon, associée au signe.
Cette incertitude n’a rien d’anormal pour un enseignement qui a longtemps été transmis oralement, de maître à élève, avec l’interdiction de montrer les symboles à des non-initiés.
Un symbole japonais du XXe siècle
Le reiki a été mis au point au Japon par Mikao Usui (1865-1926). Selon le récit de sa lignée, il aurait reçu l’intuition de sa méthode en 1922, au terme d’une retraite de vingt et un jours sur le mont Kurama, au nord de Kyoto. Il fonde la même année une société pour l’enseigner.
Après sa mort, son élève Chujiro Hayashi transmet la méthode à Hawayo Takata, une Américaine d’origine japonaise née à Hawaï. C’est elle qui diffuse le reiki aux États-Unis ; elle forme vingt-deux maîtres avant sa mort en 1980, et presque tout le reiki occidental descend d’eux.
Les quatre symboles principaux ont des origines très différentes, ce qui montre que la méthode a puisé dans plusieurs sources japonaises.
Faites glisser le tableau pour voir toutes les colonnes
| Symbole | Degré | Usage selon les praticiens | Origine probable |
|---|---|---|---|
| Cho Ku Rei | 2e | Puissance, concentration, protection | Incertaine ; rapprochements avec un terme shintô |
| Sei He Ki | 2e | Émotions, harmonie mentale | Souvent rapproché de la syllabe sanskrite hrīḥ, écrite en alphabet siddham |
| Hon Sha Ze Sho Nen | 2e | Soin à distance | Une phrase en caractères japonais, 本者是正念 |
| Dai Ko Myo | 3e (maîtrise) | Symbole du maître | 大光明, « grande lumière brillante », expression du bouddhisme japonais |
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Comment les praticiens utilisent Cho Ku Rei
Voici, décrits tels que les manuels de reiki les présentent, les principaux usages du symbole. Il s’agit de la logique interne de la pratique, pas d’effets démontrés.
En début de séance, le praticien trace Cho Ku Rei sur ses paumes pour « activer » ses mains. Pendant le soin, il le dessine au-dessus d’une zone du corps pour y « concentrer » l’énergie. À la fin, il le trace une dernière fois pour « sceller » la séance.
Le symbole est aussi employé en dehors des séances : tracé aux quatre coins d’une pièce pour la « protéger », au-dessus d’un repas ou d’un verre d’eau, ou sur des pierres pour les « charger ». Ces gestes rejoignent ceux des rituels de purification de l’habitat, dont nous examinons la logique dans notre article sur le nettoyage énergétique de la maison après une période difficile.
Beaucoup de praticiens associent enfin les symboles aux chakras, et Cho Ku Rei au chakra racine ou au troisième œil selon les écoles. Ces correspondances varient d’un manuel à l’autre, comme toutes celles que nous avons passées en revue à propos du pouvoir prêté au troisième œil.
Si l’on retire le vocabulaire énergétique, ce qui reste est un geste d’intention : un signe que l’on trace pour marquer un début, une attention ou une fin. C’est sans doute là que réside son effet réel, celui d’un rituel qui aide à se concentrer sur ce que l’on fait.
Pourquoi Cho Ku Rei ne se dessine pas partout de la même façon
Comparez deux manuels de reiki et vous verrez des différences : spirale à trois ou sept tours, enroulée dans un sens ou dans l’autre, trait horizontal plus ou moins long. Ces écarts ne sont pas des erreurs de copie, ils ont une cause précise.
Hawayo Takata enseignait les symboles de mémoire et interdisait à ses élèves de les conserver par écrit. Chacun de ses vingt-deux maîtres a donc transmis la version qu’il avait retenue, et ces versions ont divergé d’une lignée à l’autre.
Le sens de la spirale fait l’objet d’un débat entre praticiens. Certains la tracent dans le sens des aiguilles d’une montre pour « recevoir », d’autres dans le sens inverse pour « donner ». Aucune source ancienne ne permet de trancher, puisque le symbole n’a pas d’histoire antérieure au XXe siècle.
Le secret, enfin, n’existe plus. Les symboles ont été publiés dans des livres grand public au milieu des années 1990, ce qui a suscité de vives polémiques entre maîtres. On les trouve aujourd’hui sur des milliers de sites, de bijoux et de tatouages.
Le « reiki tibétain » n’a rien de tibétain
Sur un site consacré au Tibet, ce point mérite d’être posé clairement. Le reiki tibétain, ou « reiki Usui-tibétain », est une variante née aux États-Unis dans les années 1980 et 1990. Ses fondateurs y ont ajouté de nouveaux symboles, présentés comme tibétains.
Aucun de ces symboles n’apparaît dans un texte, un monastère ou une lignée tibétaine. L’adjectif sert à donner au reiki une profondeur ancienne qu’il n’a pas : la méthode d’Usui a moins d’un siècle.
Le récit selon lequel Usui aurait retrouvé ces symboles dans d’anciens textes sanskrits, souvent cité, vient de la version que Takata racontait à ses élèves. Les recherches menées au Japon depuis les années 1990 n’ont trouvé aucune trace de cette découverte.
La tradition tibétaine a bien ses propres pratiques liées au corps et à la santé, mais elles relèvent d’un tout autre système, que nous présentons dans notre dossier sur la médecine traditionnelle tibétaine, le Sowa Rigpa.
Syllabes tibétaines et symboles du reiki : un rapprochement à nuancer
On comprend pourquoi la confusion est facile. Le bouddhisme tibétain utilise lui aussi des syllabes que l’on visualise et que l’on récite, comme OM, AH, HUM, ou la syllabe HRIH qui apparaît dans les pratiques d’Avalokiteshvara.
Le cadre est pourtant très différent. Une syllabe tibétaine s’inscrit dans une pratique de méditation, transmise par un maître, dont le but est de transformer l’esprit. Elle n’est pas présentée comme un outil pour diriger une énergie vers un corps malade.
Si cette dimension vous intéresse, la lecture syllabe par syllabe d’un mantra célèbre est un bon point d’entrée : nous la détaillons dans notre article sur la signification d’Om mani padme hum, et plus largement dans notre sélection de quatre mantras tibétains expliqués.
Cho Ku Rei et reiki : ce que dit la recherche
Le reiki a fait l’objet de nombreuses études. Une revue systématique publiée en 2008 par Lee, Pittler et Ernst concluait que les preuves d’efficacité étaient insuffisantes, la plupart des essais étant de faible qualité. Une revue Cochrane de 2015 sur l’anxiété et la dépression aboutit à la même conclusion.
Les effets rapportés par les patients sont réels, mais ils s’expliquent sans hypothèse d’énergie : une séance offre un moment de calme, une attention bienveillante, un contact rassurant. Ce sont des facteurs connus de détente, que l’on retrouve dans d’autres pratiques, comme nous le montrons à propos de ce que la recherche dit de la sonothérapie.
En France, le reiki n’est pas reconnu comme une pratique de soin. Le titre de « maître reiki » n’est encadré par aucun diplôme d’État, et la Miviludes, l’organisme public de vigilance sur les dérives sectaires, a reçu de nombreux signalements concernant certains praticiens.
Le reiki ne remplace jamais un traitement. Si vous souhaitez essayer une séance pour vous détendre, rien ne s’y oppose, mais gardez votre suivi médical et parlez-en à votre médecin. Méfiez-vous d’un praticien qui vous conseille d’arrêter un traitement, qui pose un diagnostic, qui encourage à prendre ses distances avec vos proches, ou qui vous pousse vers des stages de plus en plus coûteux. En cas de doute, la Miviludes peut être contactée.
FAQ : Cho Ku Rei
Que veut dire Cho Ku Rei ?
On le traduit le plus souvent par « placer toute la puissance ici », ce qui décrit son usage. Le sens exact des syllabes japonaises reste discuté : certains auteurs le rapprochent de « esprit direct », un terme shintô, sans que cette lecture soit établie.
Cho Ku Rei est-il un symbole tibétain ?
Non. C’est un symbole du reiki japonais, mis au point par Mikao Usui à partir de 1922. Le « reiki tibétain » est une variante américaine des années 1980-1990, sans lien avec une tradition du Tibet.
Comment dessiner Cho Ku Rei ?
Le dessin associe un trait horizontal, un trait vertical et une spirale qui s’enroule autour de ce dernier. Le nombre de tours et le sens de la spirale varient selon les lignées, car les symboles ont longtemps été transmis de mémoire.
Peut-on utiliser Cho Ku Rei sans être initié ?
Dans le reiki, le symbole est censé n’être actif qu’après une initiation au deuxième degré. C’est une règle interne à la pratique : aucune étude n’a montré d’effet du symbole, initié ou non.
Le reiki est-il reconnu en France ?
Non. Le reiki n’est pas une pratique de soin reconnue, et le titre de maître reiki n’est encadré par aucun diplôme. Une séance peut aider à se détendre, mais elle ne doit jamais remplacer un suivi médical.
Un symbole récent qui en dit long
L’histoire de Cho Ku Rei est finalement celle de beaucoup de symboles « anciens » que l’on croise aujourd’hui : un signe né il y a un siècle, transmis de mémoire, dont le sens s’est élargi à mesure qu’il voyageait, et auquel on a prêté une origine plus lointaine pour le rendre plus solide.
Le connaître tel qu’il est n’empêche pas de l’apprécier comme un repère de détente. Cela évite seulement de lui demander ce qu’il ne peut pas donner, et de l’attribuer à une tradition qui ne l’a jamais connu.