Chez Tashi Delek, pour écrire nos articles, nous nous appuyons sur les textes canoniques et sur les commentaires reconnus des traditions théravada et tibétaine. En ce qui concerne nos guides sur les produits tibétains et sur l’artisanat, nous puisons nos sources et le savoir que nous partageons dans nos nombreux voyages au Tibet, à la rencontre des artisans locaux tibétains.
Au cœur de la vieille ville de Lhassa, cerné par la foule des pèlerins et la fumée de l’encens, le temple du Jokhang est le sanctuaire le plus vénéré du Tibet. Devant ses portes, des fidèles se prosternent de tout leur long, le front contre le sol poli par les siècles.
Premier temple bouddhiste bâti au Tibet, il abrite la statue du Jowo, que la tradition fait remonter au temps du Bouddha. Nous vous proposons de découvrir son histoire, ce qu’il renferme, et la manière de l’approcher avec respect.
Le temple du Jokhang, premier sanctuaire bouddhiste du Tibet
Le temple du Jokhang, aussi appelé Tsuglakang, est le plus ancien temple bouddhiste du Tibet. Il se dresse au centre de Lhassa, dans le quartier du Barkhor, dont les ruelles s’organisent autour de lui. Depuis l’an 2000, il figure au patrimoine mondial de l’UNESCO, rattaché à l’ensemble historique du palais du Potala.
Sa particularité tient à son statut. Le Jokhang n’appartient à aucune école en propre : il attire les fidèles de toutes les traditions du bouddhisme tibétain, et jusqu’aux pratiquants du bön, la religion antérieure du Tibet. À la différence d’un monastère d’étude comme le grand monastère de Sera, il n’est pas d’abord un lieu d’enseignement : c’est le point vers lequel converge le pèlerinage.
C’est ce qui donne au lieu son atmosphère unique. À toute heure, des pèlerins venus de tout le plateau tibétain en font le tour, moulin à prières à la main.

L’histoire du temple du Jokhang et de ses deux reines
La fondation du temple du Jokhang remonte au VIIe siècle, sous le règne du roi Songtsen Gampo, vers l’an 639. Ce souverain, qui unifia le Tibet, est aussi celui à qui la tradition attribue l’introduction du bouddhisme dans le pays.
Deux de ses épouses jouèrent un rôle décisif. La princesse népalaise Bhrikuti et la princesse chinoise Wencheng apportèrent chacune une statue du Bouddha dans leur dot. Le Jokhang fut bâti pour abriter celle qu’avait apportée Bhrikuti, tandis que la statue de Wencheng, le fameux Jowo Shakyamuni, trouva d’abord place au temple voisin de Ramoché. Les deux statues furent, par la suite, échangées entre les deux sanctuaires.
Une légende entoure sa construction. Selon la géomancie tibétaine, le territoire aurait eu la forme d’une démone étendue sur le dos, qu’il fallait maîtriser. Une chaîne de temples fut édifiée pour la fixer, et le Jokhang, élevé sur un lac comblé, en occupe le cœur. Le temple prit alors le nom de jo khang, la « maison du Jowo ».
Agrandi et restauré à maintes reprises au fil de treize siècles, le bâtiment conserve pourtant, par endroits, des éléments d’origine.
La statue du Jowo, cœur du temple du Jokhang
Tout, dans le temple du Jokhang, converge vers une statue : le Jowo Shakyamuni. Haute d’environ un mètre et demi, coulée dans des métaux précieux et ornée de joyaux, elle représente le Bouddha jeune. La tradition affirme qu’elle fut façonnée de son vivant, ce qui en fait, aux yeux des Tibétains, l’image la plus sacrée du pays.
Elle trône dans une chapelle du rez-de-chaussée, le Jowo Lhakhang. Les pèlerins y font parfois la queue durant des heures pour s’incliner un instant devant elle, déposer une écharpe de soie ou verser un peu de beurre dans les lampes qui brûlent à ses pieds.
Le temple abrite bien d’autres trésors : un Chenrezig aux mille bras, bodhisattva de la compassion, des représentations de Padmasambhava (Gourou Rinpoché) et du bouddha à venir, Jampa (Maitreya). Certaines statues, plus fragiles ou plus sacrées, sont conservées à l’abri des regards.
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Le Barkhor et les trois cercles de pèlerinage
Autour du temple, le pèlerinage suit un principe simple : on tourne, toujours dans le sens des aiguilles d’une montre, en récitant des mantras ou en actionnant un moulin à prières. Ce circuit rituel porte un nom, la kora, et à Lhassa il se décline traditionnellement en trois cercles concentriques.
Le plus connu est le Barkhor, la boucle qui entoure le temple. C’est aussi la grande rue de marché de la vieille ville, où se mêlent pèlerins, habitants et échoppes. On y avance au rythme lent de la foule qui prie.
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| Cercle | Ce qu’il entoure |
|---|---|
| Nangkhor | Le couloir rituel à l’intérieur même du temple, autour du sanctuaire du Jowo |
| Barkhor | Le temple et le quartier qui l’entoure ; c’est aussi la grande rue de marché |
| Lingkhor | L’ensemble de la vieille ville sacrée ; ce grand circuit a largement disparu |
Comprendre le geste des pèlerins
Devant le temple, beaucoup de pèlerins ne se contentent pas de s’incliner : ils se prosternent de tout leur corps. Mains jointes portées au front, à la gorge puis au cœur, ils s’allongent ensuite complètement, front contre le sol, avant de se relever et de recommencer. Certains accomplissent ce geste depuis leur village, sur des centaines de kilomètres, pendant des semaines. Le dallage poli du parvis garde la trace de ces siècles de dévotion.
Le sens du tour n’est pas arbitraire. On tourne dans le sens des aiguilles d’une montre pour garder le lieu sacré à sa droite, en signe de respect, et pour suivre la course du soleil. Beaucoup récitent le mantra Om mani padme hum ou font tourner un moulin à prières, qui pivote lui aussi dans ce sens.
À l’intérieur, l’odeur du beurre de yak sature l’air : les fidèles entretiennent les lampes qui brûlent en permanence, y versant une cuillerée de beurre en offrande. Ici, l’offrande vaut moins par sa valeur que par le geste. Le Jokhang ne connaît pas d’horaire de cérémonie unique : la dévotion y est continue, du matin au soir.

Que voir en visitant le temple du Jokhang
La visite du temple du Jokhang commence souvent dès le parvis, où des pèlerins se prosternent inlassablement face aux portes. Deux grands brûle-encens de pierre encadrent l’entrée, d’où monte une fumée continue.
À l’intérieur, on avance dans le sens des aiguilles d’une montre, de chapelle en chapelle. Levez les yeux vers les encadrements de portes : certaines sculptures newar, dues aux artisans népalais, comptent parmi les rares éléments d’origine. Le bâtiment mêle d’ailleurs les influences : plan inspiré du vihara indien, éléments de l’époque Tang chinoise, main-d’œuvre népalaise.
Depuis la terrasse, les toits dorés couronnés de la roue du Dharma et de deux cerfs offrent l’une des plus belles vues sur le Barkhor et, au loin, sur le Potala. Pour comprendre la logique de ces bâtiments, vous pouvez lire notre article sur l’architecture du Potala et du Jokhang.
Se comporter en visiteur respectueux
Le Jokhang n’est pas un musée : c’est un lieu de dévotion en activité. Le visiteur y est le bienvenu, à condition d’en épouser le rythme et les usages.
- Tournez toujours dans le sens des aiguilles d’une montre, comme les pèlerins.
- Ne passez pas devant une personne en prière ou en prosternation.
- À l’intérieur, la photographie est le plus souvent interdite : renseignez-vous et rangez l’appareil.
- Habillez-vous sobrement et parlez à voix basse.
Offrir une khata, la longue écharpe de soie blanche, ou brûler un peu d’encens, fait partie des gestes que l’on peut accomplir dans le calme. C’est d’ailleurs autour de ces sanctuaires que se prépare une grande partie de l’encens tibétain ; nous en parlons dans notre guide sur les encens tibétains naturels.
À retenir
- Le temple du Jokhang est le plus ancien temple bouddhiste du Tibet, fondé au VIIe siècle.
- Il abrite le Jowo Shakyamuni, la statue la plus vénérée du pays.
- Le Barkhor qui l’entoure est le grand circuit de pèlerinage de Lhassa.
- C’est un lieu de culte vivant : on y tourne dans le sens horaire et l’on y reste discret.
FAQ : le temple du Jokhang
Pourquoi le temple du Jokhang est-il si important ?
C’est le premier temple bouddhiste du Tibet et le plus sacré. Il abrite la statue du Jowo Shakyamuni et constitue le point vers lequel converge le pèlerinage à Lhassa.
Que signifie « Jokhang » ?
Le mot tibétain jo khang signifie « maison du Jowo », en référence à la statue du Bouddha qu’il abrite. Le temple est aussi appelé Tsuglakang.
Qui a construit le temple du Jokhang ?
Il fut édifié au VIIe siècle sous le roi Songtsen Gampo, pour abriter une statue du Bouddha apportée par son épouse népalaise, la princesse Bhrikuti.
Qu’est-ce que la statue du Jowo ?
Le Jowo Shakyamuni est une statue du Bouddha jeune, d’environ 1,5 mètre. La tradition la fait remonter au vivant du Bouddha, ce qui en fait l’image la plus vénérée du Tibet.
Peut-on visiter et photographier le temple du Jokhang ?
La visite est possible, souvent le matin. À l’intérieur, la photographie est généralement interdite ; il faut respecter les pèlerins et l’usage des lieux.
Quelle différence entre le Jokhang et le Potala ?
Le Potala était la résidence des dalaï-lamas, un palais ; le Jokhang est un temple de pèlerinage. Les deux figurent au patrimoine mondial de l’UNESCO à Lhassa.
Le temple du Jokhang ne se raconte pas seulement : il se ressent, dans la fumée des lampes et le murmure des mantras. Y venir, c’est approcher le cœur battant du bouddhisme tibétain, là où la dévotion ne s’est jamais interrompue.